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Sommaire politique

Le démocrate

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Contre le revenu monétaire d'existence inconditionnel, pour la fourniture inconditionnelle de biens de base

 

Dans une société décente, une civilisation digne de ce nom, la solidarité ferait que la richesse soit distribuée afin que toutes les personnes aient une vie aussi décente qu'il est possible.

Ainsi, de nombreux théoriciens ont proposé un revenu d'existence, ou un revenu inconditionnel, qui aurait l'avantage d'assurer un "filet de sécurité" (le plus haut, le plus large possible) à toute personne.

Il y a au moins trois avantages à ce que ce soit un une fourniture de biens (justement nommés en l'occurrence) plutôt qu'un revenu monétaire :

- Le revenu monétaire inconditionnel peut être dépensé dans n'importe quelle addiction onéreuse (alcool, tabac et autres drogues, jeux, etc.), et c'est souvent le cas des personnes qui ont le plus besoin d’aide et de solidarité dans leur malheur[i]. La collectivité devrait donc, en plus de ce revenu mal utilisé, fournir ces biens (l’alimentation par exemple), plus des biens additionnels (par exemple en soins médicaux afin de lutter contre les effets de drogues pour lequel serait dépensé ce revenu) : elle financerait donc les poisons, puis ensuite soignerait, et donc paierait aussi les remèdes (rendus encore plus coûteux par la facilitation d’accès aux poisons)[ii]. Il serait plus judicieux de fournir directement à chacun des biens que la collectivité peut proposer à tous. Si ce n’était pas le cas, cela indiquerait que le revenu monétaire d’ « existence » serait un moyen pour le libéralisme dominant de supprimer la solidarité[iii] : dans un individualisme renforcé, libre à chacun d’utiliser ce revenu égal pour se nourrir, se loger, se soigner, s’instruire, ou s’abandonner à ses addictions sans qu’on n’ait plus à avoir d’empathie et de collectivisme. Ainsi, le revenu monétaire inconditionnel est un piège, un cheval de Troie tendu par le libéralisme au solidarisme.

- Alors que les plus riches profiteraient tous du revenu monétaire inconditionnel, indifférencié dans leur capital monétaire, ils n’utiliseraient pas nécessairement leurs droits à des repas de base sans mets rares, à des logements minimaux fournis, et ce serait autant d’économisé pour la collectivité.

- J'avais proposé dans un article un étalon travailliste à la monnaie : or, avec un revenu inconditionnel monétaire, toute personne serait rémunérée sans travail, et sans rendre compte à la collectivité de l'usage faste ou néfaste de cette monnaie. Plus généralement, la monnaie fournie est une quantité de liberté octroyée en échange d’une contrainte, le travail (étymologiquement un joug) fourni pour autrui, ou un abandon de propriété (c’est-à-dire de la liberté d’utilisation de quelque chose).

 

Quelles fournitures

Décemment, la collectivité fournirait inconditionnellement, gratuitement à ses sociétaires (par exemple pour ce qui doit être contrôlé contre tout abus ou erreur, grâce à la justement nommée Carte Vitale de la Sécurité Sociale) :

- Un air sain ;

- Une quantité vitale d’eau saine ;

- Des repas sains, nutritivement complets en étant simples et peu coûteux (donc bio, et plutôt végétarienne) ;

- Un abri individuel ou familial (offrant donc assez d'intimité) à toute heure, pour dormir, ne pas souffrir du froid ou de la canicule, entreposer ses affaires[iv] ;

- L'accès gratuit aux soins[v], au système judiciaire (avocats gratuits), à l'éducation ;

- La sécurité (par la police, l’aménagement des routes, le contrôle des produits, etc.).

Par conséquent :

- Les cantines scolaires seraient gratuites.

- L'accès à la médecine (et à la contraception) et aux avocats étant gratuits, ces professions ne seraient plus libérales, mais solidaires, de service public.

 

Diminution du travail non rémunéré

Par contre, toute production de bien (public) doit être rémunérée, dont la participation à la vie citoyenne en allant voter (comme déjà proposé dans mon article Pour une démocratie réelle), dépouiller les votes, être juré tiré au sort, ou le fait des personnes âgées de bien s'occuper d'enfants, mais aussi des parents de (bien) s'occuper de leurs enfants (revenu parental), ainsi que les études (sur concours d’entrée selon les besoins déterminés par la société).

Alors que des activités néfastes sont à notre époque surpayées, de plus en plus de travaux d’utilité publique sont externalisés par l’État à des associations avec des bénévoles (par exemple les repas aux plus pauvres/nécessiteux distribués par Les Restos du Cœur, fondés par Coluche afin de palier à une défaillance de l’État ou de la collectivité. Dans un système rémunérant le travail pour autrui, ce bénévolat disparaîtrait.

 

Disparition des revenus non travaillés

En conséquence, les revenus minimums sans travail disparaîtraient (Revenu Minimal d’Insertion, Revenu de Solidarité Active, Allocation Adulte Handicapé, allocations chômage, minimum vieillesse, retraites), mais les heures de travail seraient réévaluées en y internalisant divers coûts (risque de chômage selon le métier, effets sanitaires, etc.).

Les mutuelles de santé disparaîtraient. Il resterait des taxes ou des assurances obligatoires pour des activités de loisir risquées qui n’ont aucun intérêt public.

 

Les coûts de son travail pour le travailleur étant internalisés dans sa rémunération, il pourrait en profiter immédiatement. Il n’y aurait plus de retraite publique, la fourniture inconditionnelle la remplaçant (les vieux étant assurés de recevoir la totalité des soins disponibles, la nourriture, le logis, la culture, comme tous). La retraite profite à ceux qui ont la chance de survivre en bonne santé, et moins aux travailleurs les plus mal lotis qui meurent ou sont invalides trop tôt.

Le travail ou l'activité des vieux est un bienfait (se sentir utile, être intégré socialement). Dans l'exemple d’Okinawa, île japonaise où il y a le plus de centenaires (dans le pays où la durée de vie est déjà la plus grande), ceux-ci sont actifs, pêchent, tiennent des épiceries[vi]. Leur intégration, leur certitude d’être utiles, intégrés et non pas retirés, en retrait, est un facteur du maintien de leur santé.

 

 

 

 

4, 14 janvier, mercredi 30 novembre, 4 décembre 2016, 18 janvier 2017.


 

[i] « Causes ou conséquences de conditions de vie difficiles, absence de soutien pour restreindre des comportements à risque, les personnes en situation de précarité sont les plus nombreuses à fumer et à boire en grande quantité (au delà des seuils considérés comme excessifs) et, ce à tous les âges et aussi bien pour les hommes que pour les femmes. » Andrée Mizrahi et Arié Mizrahi : « Consommation d’alcool et de tabac », dans Gérontologie et société, 2003/2, n° 105, p. 21–43, https://www.cairn.info/revue-gerontologie-et-societe1-2003-2-page-21.htm.

« Les fumeurs [...] se recrutent davantage maintenant dans les populations sociologiquement et psychologiquement fragilisées.

Alors que le tabagisme dans la population générale est de l’ordre de 40%, il concerne environ 67 % de jeunes de 16 à 25 ans en insertion professionnelle, plus de 50 % de chômeurs, 59% de ceux touchant le RMI et 61 % des CES. Le tabagisme est particulièrement élevé chez les femmes seules monoparentales et au chômage.» (http://www.droit-air-pur.com/responsables-tabagisme-passif/fumeurs).

 « Quand le RMI est versé en début de mois, certains font couler à flots le vin, la bière ou le whisky... "Ils disent qu'ils fêtent la Saint-RéMI" » (Bertrand Bissuel : « Nouveau domicile fixe », dans Le Monde, 2 décembre 2006, http://www.lemonde.fr/societe/article/2006/12/02/un-domicile-pour-sdf-campeurs_841169_3224.html).

Par exemple, un homme « dilapide ses ressources (RMI) en alcool, tabac etc. et éprouve les plus grandes difficultés pour s’acquitter de sa participation financière. » (Sultana Hayoun : L’urgence sociale : les limites de l’urgence, l’accueil et l’hébergement des personnes sans domicile fixe à Paris. Mémoire de l’École Nationale de la Santé Publique, 2000, p. 39, http://pmb.santenpdc.org/opac_css/doc_num.php?explnum_id=14090).

 

[ii] Ce n'est donc pas un revenu d'existence au sens où il peut être utilisé non que pour exister, mais aussi pour se détruire. C'est un revenu d'existence au sens où il suffit d'exister pour en bénéficier.

 

[iii]  Ainsi l’économiste libéral Milton Friedman le soutient dans le chapitre 12 de Capitalisme et liberté, selon un libéral qui le soutient aussi, Gaspard Koenig, dirigeant d’un laboratoire de pensée libéral Génération Libre, dans le débat RMC Carrément Brunet du 14 janvier 2016.

 

[iv]  En Europe, il y a 4,1 millions de sans-logis, et 11 millions de logements vides, dont la plupart pourraient abriter plusieurs sans-logis (Robert Neate « Scandal of Europe's 11m empty homes », The Guardian, 23 février 2014, http://www.theguardian.com/society/2014/feb/23/europe-11m-empty-properties-enough-house-homeless-continent-twice).

 

[v] Afin qu’il n’y ait plus les « sans dents » caricaturés par le président François Hollande, ni les sans ouïe, les sans lunettes, à cause de leu prix prohibitif.

 

[vi] « La société de l’île d’Okinawa ignore l’idée de retraite. » Asahi Shimbun Source : Courrier international, dans Japon-Infos, 24 novembre 2009, http://www.japoninfos.com/okinawa-l-ile-des-centenaires.html.