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L’union démocratique 

face à l'union des élitistes (des "centristes")

et à la division des populistes (des "extrémistes" de gauche et de droite)

 

[sur Agoravox, pour les commentaires et commenter]

  

 

 

L’union des élitistes (des "centristes"), la division des populistes (des "extrémistes" de gauche et de droite)[1]

Comme dit le proverbe anglais, « He who pays the piper calls the tune. » (Celui qui paie le flutiste choisit la mélodie.).

Ceux qui dominent la politique et la médiatisation, font le centre et présentent comme centristes, modérées, leurs idées, quelque soit la réalité qu'ils créent : les guerres illégales peuvent être déclarées, l'endettement et les crises financières augmenter, les populations être forcées de migrer, les campagnes se désertifier et s'enlaidir, la nourriture nous empoisonner, les plus grands criminels échapper à la justice, ceux qui exposent les racines de ces problèmes et proposent en conséquence des solutions radicales sont marginalisés et traités d'extrémisme : c'est ainsi un des principaux travaux actuels de l'académie de novlangue de confondre radicalisme et extrémisme. Extrémistes de gauche ou de droite, ils sont divisés au-delà des centres droit et gauche qui eux peuvent dominer en se succédant puis, la recette de l’alternance unique devenant éculée avec la montée d’un parti populiste protestataire, en faisant une synthèse, dont le succès d'Emmanuel Macron à l’élection présidentielle française de 2017 est le plus parfait symbole. Amateur de théâtre, entrainé depuis un quart de siècle par sa professeure de théâtre devenue épouse, il est un jeune premier classique, un séducteur qui semble ménager la chèvre et le chou (laissant donc enfin en libéral la chèvre manger du chou), en répétant tout le temps un « et en même temps » qui ratissait largement les électeurs.

Avec son capital, l'élite recrute les meilleurs mercenaires, comme Macron, qui gagne trois millions d'euros dont on ne comprend pas ce qu'il en a fait ni comment il a échappé à l'Impôt Sur la Fortune (sinon par quelque copinerie-coquinerie d'en haut)[2].

Jacques Attali, l’homme de l’ombre, aime tant être sous la lumière qu’il révéla le 21 avril 2016 le casting des nouveaux contremaîtres : « D’une certaine façon, nous apportons le programme ; et sont... est en train de surgir, un ou plusieurs : Bruno Lemaire à droite, peut-être Emmanuel Macron à gauche »[3]. Plus d’un an après, le plus malheureux des deux sera quant même devenu le ministre des Finances et de l’Économie du vainqueur, et ils tentent d’appliquer le programme certifié conforme. Mais Macron a déjà le deuxième plus bas pourcentage d’opinions favorables d’un président français trois mois après son élection[4], suivant Jacques Chirac en 1995, qui après avoir été élu contre « la fracture sociale », a trahi en voulant détruire des solidarités acquises, contre la volonté populaire : les mêmes causes ont les mêmes effets.

L’élite peut embaucher les meilleurs communicants, publicitaires logiquement adeptes du libéralisme, comme Jacques Séguéla ou Jacques Pilhan (pour François Mitterrand puis pour son adversaire Jacques Chirac, qu’importe le flacon pourvu que l’ivresse soit capitaliste), qui participeront au maintien de l'ordre (ou du désordre) en place. Les "extrémistes" recrutent plus des pieds nickelés, comme Marine Le Pen et ses quelques mauvais conseillers pour sa lamentable prestation au débat télévisé du second tour de l'élection présidentielle française de 2017, qui la ramène dans l’ornière de son père, et fait honte au peuple.

Les "extrémistes" de gauche, anciens guides du peuple, rivaux jaloux du déclin des partis communistes et socialistes, s'attaqueront aux nouveaux "extrémistes" qui progressent : ainsi Jean-Luc Mélenchon lors de son échec logique lors de l'élection législative de 2012, se présentant contre Marine Le Pen comme si son parti, le Front National, épouvantail et bouc émissaire utile, qui n'a jamais accéder à la souveraineté, était responsable de ce dont souffrait le peuple.

L'élite a réussi à diviser l'opposition, en réduisant le Parti Communiste d'abord, puis le Parti Socialiste, en les coupant de plus en plus des souhaits populaires. Afin de se maintenir au pouvoir, François Mitterrand (que prétend admirer Mélenchon, toujours sous le charme), trahissant les classes populaires avec le tournant libéral de 1983, a choisi de promouvoir le Front National afin de diviser la droite pouvant de moins en moins s’allier à Jean-Marie Le Pen avec ses provocations.

Ainsi, alors que Georges Marchais, secrétaire général du Parti Communiste Français, fustigeait encore en 1980 et 1981 l'immigration voulue par les capitalistes et coûteuse aux travailleurs[5], les mitterrandistes ont créé SOS Racisme, minorant la lutte des classes derrière la médiatisation d’une prétendue plus préoccupante lutte des races. Le discours économique anti-migrationniste du PCF a disparu, le successeur de Georges Marchais, Robert Hue, finissant même par soutenir Macron comme l'ultralibéral Alain Madelin. En effet, le Front National, monopolisant ce discours de Georges Marchais (tout en étant reaganien dans les années 1980...), devenait le premier parti des ouvriers, piégés. L'élite avait choisi son meilleur ennemi, le Front National, de fait inéligible, trop clivant, et l'extrême-gauche, plus vidée, aura perdu des chances de gagner.

Le peuple, de plus en plus lucide sur son impuissance organisée malgré l’affichage démocratique, ne peut que de plus en plus s’abstenir dans cette mascarade lorsque rien le représente.

 

La solution de l’union démocratique

La solution réside dans un grand rassemblement unitaire et populaire car démocratique dans son fonctionnement et son but, qui refuse de se classer à gauche et à droite, simplification caricaturale et clivante.

Dans Notre ennemi le capital[6], Jean-Claude Michéa, critique ainsi la médiatisation du rassemblement politique espagnol Podemos, qu'on veut faire passer pour d'extrême-gauche, ce que récuse son meneur Pablo Iglesias : « Nous ne sommes ni de gauche ni de droite, nous sommes ceux d'en bas contre ceux d'en haut ! » (p. 77).

Michéa pronostique qu’« un rassemblement aussi large des classes populaires (rassemblement qui devrait, de plus, être suffisamment solide et cohérent pour pouvoir attirer dans son orbite idéologique comme en Mai 68 — une grande partie des nouvelles classes moyennes urbaines) n'aura strictement aucune chance de voir le jour tant que ces classes ne se verront offrir d'autre alternative politique plausible que celle — imposée en boucle par les médias et les partis du bloc libéral — qui est censée opposer, depuis la nuit des temps, les héroïques défenseurs de la « société ouverte » et du « monde moderne » (le « parti de l'intelligence ») et ceux du « repli sur soi », du « rejet de l'autre » et de toutes les formes de « passéisme » » (p. 74-75)

Selon Michéa, Podemos est le seul grand rassemblement à avoir accompli cela en Europe, et il avertit de la volonté de ses adversaires à le réduire à un parti d’extrême gauche :

« Il reste que Podemos est aujourd'hui le seul mouvement radical européen disposant déjà d'une base de masse à avoir clairement compris que si l'on voulait réellement rassembler la grande majorité des classes populaires autour d'un programme de déconstruction graduelle du système capitaliste (et non pas simplement accroître ses privilèges électoraux) il fallait impérativement commencer par remettre en question ce vieux système de clivages fondé sur la « confiance aveugle dans l'idée de progrès » (Juan Carlos Monedero) dont les présupposés philosophiques de plus en plus paralysants (du type « parti de demain » — celui de la Silicon Valley — contre « parti d'hier » celui de l'agriculture paysanne ou de la culture du livre !) ne cessent d'offrir depuis plus de trente ans à la gauche européenne le moyen idéal de dissimuler sa réconciliation totale avec le capitalisme sous les dehors beaucoup plus séduisants d'une lutte « citoyenne » permanente contre toutes les idées « réactionnaires » et « passéistes » (ou même des « rouges-bruns » !). » (p. 80-81)[7].

Michéa ajoute :

« Comptons donc sur l'extrême gauche française pour réactiver cet axe par tous les moyens (au besoin en agitant le spectre de la « droitisation ») et s'assurer ainsi qu'elle pourra tranquillement continuer — selon les mots de Guy Debord « à prolonger d'un millénaire la plainte du prolétaire à seule fin de lui conserver un défenseur ». Et comptons ensuite, cela va de soi, sur les grands médias français pour continuer à mentir effrontément en présentant Podemos comme le parti officiel de la gauche radicale espagnole. Et si, malgré toutes ces mises en garde de Pablo Iglesias, une telle équation finissait par s'installer durablement dans l'esprit des classes populaires (signe que l'opération Ciudadanos montée par la classe dirigeante espagnole — aurait définitivement atteint son but) il est clair que Podemos perdrait alors très vite une grande partie de son originalité intellectuelle donc de son pouvoir rassembleur. » (p. 78)

Michéa constate aussi des faiblesses de Podemos quant à une relative absence dans leur programme de moyens concrets de s’autonomiser de nos maîtres, et l’absence d’une solidarité populaire internationale avec d’autres rassemblements équivalents[8]. Il évoque aussi la limite de la révolte du peuple islandais après avoir refusé à 93% par référendum de transformer en dettes publiques les dettes des banques, car « ce mouvement populaire s'est révélé très vite incapable d'aller beaucoup plus loin faute, entre autres, d'une organisation susceptible de « fédérer le peuple » dans la durée » (p. 82).

Car, ce qu’il faut à un rassemblement qui d’abord refuse de rentrer dans des classements préétablis et se veut unitaire, est une capacité à être une fédération démocratique, coalisant diverses associations déjà existantes, et où chaque adhérent individuel a autant de souveraineté par ses votes que chaque autre sur la construction du programme et les décisions, faisant émerger la volonté populaire, non préétablie par quelque chef. Elle peut rester unitaire car ce qui est minoritaire est respecté, chaque décision prise au vote majoritaire des adhérents étant relativisée et hiérarchisée en n’omettant jamais de mentionner les pourcentages minoritaires contre elle. Son fonctionnement radicalement démocratique (avec des candidats principalement tirés au sort, au mandat impératif) rendrait impossible des alliances avec les partis classiques au fonctionnement non démocratique, et rendrait incohérente toute scission tant que les principes démocratiques sont bien respectés.

 

La voie individualiste, égocentrique, narcissique, orgueilleuse des candidats qui se veulent des guides et des chefs, qui ne se qualifient ni à droite ni à gauche (déclarés « divers » par le Ministère de l'Intérieur), aussi intéressants et pertinents que soient leurs discours (ainsi les candidats à l’élection présidentielle française de 2017 François Asselineau sur la constitution, Jacques Cheminade sur la finance, Jean Lassalle sur la souveraineté populaire) est une voie vouée à l'échec électoral. Leur seul intérêt est la communication d'idées, ce qu'ils peuvent faire de façon plus effective auprès d'un rassemblement démocratique où les partisans voteraient les résolutions selon les informations qu'ils apporteraient. Après, pour une élection présidentielle, il faudra bien un candidat unique, qui ne devrait pas être tiré au sort, mais choisi (élu par le rassemblement en vote par valeurs, sans candidatures) avec des critères d’expérience, d’âge, de sagesse, de désintérêt : cela pourrait être une personne comme l’écologiste Pierre Rabhi, ou quelque équivalent des présidents de transition vers un régime moins oppressant Václav Havel en Tchécoslovaquie et Nelson Mandela en Afrique du Sud.

 

                                                                                                       

 

                                                                                                           Samedi 26, dimanche 27, lundi 28, mardi 29, mercredi 30 août 2017

 

 


 

[1] Les élitistes sont ceux qui défendent les élites, c’est-à-dire ceux qui exercent le pouvoir ; et les populistes sont ceux qui défendent le peuple, c’est-à-dire ceux sur qui le pouvoir s’exerce.

[2] Jean-Baptiste Giraud : « Emmanuel Macron, ses 2,88 millions de revenus, son appartement à 1 million, et l'ISF », dans Économie Matin,  24/07/2017, http://www.economiematin.fr/news-emmanuel-macron-ses-288-millions-de-revenus-son-appartement-a-1-million-et-lisf.

[3] Arlette Chabot : L’invité politique, LCI, 21 avril 2016, http://www.lci.fr/politique/presidentielle-2017-le-prochain-president-sera-un-inconnu-selon-jacques-attali-1255990.html 0mn13s-0mn24s).

[4] Jérôme Fourquet : « Emmanuel Macron : les raisons d'un dévissage », Le Point,  03/08/2017, http://www.lepoint.fr/politique/sondage-emmanuel-macron-subit-une-baisse-d-une-ampleur-inedite-selon-jerome-fourquet-03-08-2017-2147823_20.php.

[5] « Il faut stopper l'immigration clandestine et officielle. Il est inadmissible de faire rentrer des nouveaux travailleurs immigrés en France alors que notre pays compte deux millions de chômeurs français et immigrés. », Porte de Pantin le 27 mars 1980 : https://rutube.ru/video/f48c2b10dafbc700c713c38878b2a828/ ; puis Montigny-lès-Cormeilles le 20 février 1981 : https://rutube.ru/video/b50b23fa4a25ed3f2ce269e5360abcb0/.

Le 17 février 1894, le député socialiste Jean Jaurès disait déjà devant l’Assemblée Nationale : « nous protestons contre l’invasion des ouvriers étrangers qui viennent travailler au rabais » (Discours parlementaires. Recueillis et annotés par Edmond Claris. Tome premier, 1912, http://classiques.uqac.ca/classiques/jaures_jean/discours_parlementaires_t1/discours_parl_t1.html).

[7] Ainsi, « comme Carolina Bescansa, l'une des dirigeantes de Podemos, le soulignait ironiquement [...] tous « ceux qui étaient les bénéficiaires de cette distinction quand elle dominait l'échiquier politique » défendront « avec acharnement l'axe gauche-droite » et ne manqueront pas d'accuser « quiconque le remet en cause ou conteste que c'est le meilleur axe de différenciation pour expliquer ce qui se passe, d'être populiste, de droite, gauchiste, communiste, bolivarien, fasciste, thatchérien, pro-iranien, etc. » » (p. 80).

[8] « Mais on peut également regretter que le programme de Podemos soit encore extrêmement discret, du moins pour l'instant, sur les moyens concrets (par exemple le recours systématique aux monnaies locales et aux circuits courts) qui devraient permettre de soustraire progressivement la vie des gens ordinaires et des communautés locales à l'emprise destructrice du marché capitaliste mondial et de la bureaucratie européenne (de ce point de vue — et malgré le « pari sur la décroissance » promis par Monedero — Pierre Thiesset a sans doute dit tout ce qu'il fallait dire dans le numéro de février 2016 de la Décroissance). Il se pourrait même que l'expérience de Podemos — faute, entre autres, de cette solidarité populaire internationale qui a déjà fait si cruellement défaut au peuple grec ne finisse par s'enliser et tourner court (c'est d'ailleurs une éventualité que les leaders de ce mouvement ont eu l'intelligence et le courage d'envisager) » (p. 79-80).

 

 

Ajouter l'omelette norvégienne d'Alain Juppé