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Le démocrate

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Triarticulation du solidarisme, de l'égalitarisme et du libéralisme

 

Comment articuler le libéralisme, qui accorde plus de moyens aux plus puissants, aux plus favorisés, l’égalitarisme qui accorde les mêmes moyens à tous les sociétaires, et le solidarisme qui accordera plus d’attention aux plus faibles ?

 

Le fait que les 62 humains les plus riches de la planète possèdent autant que la moitié la plus pauvre de l'humanité (3,5 milliards) suffit à prouver que le libéralisme domine le solidarisme et l'égalitarisme.

« Le monde est devenu encore plus inégalitaire et la tendance s'accélère. », estime la directrice d'Oxfam International, Winnie Byanima, dans un communiqué accompagnant le document.

Ils étaient 388 en 2010, où la moitié la plus pauvre possédait mille milliards de dollars de plus qu’en 2015, alors que cette moitié a augmenté de 400 millions d’humains, et la fortune des 62 humains les lus riches a augmenté de 500 milliards de dollars, atteignant  1760 milliards de dollars https://www.oxfamfrance.org/rapports/justice-fiscale/economie-au-service-des-1

« Les entreprises multinationales et les riches élites ne suivent pas les mêmes règles que les autres, en refusant de payer des taxes dont la société a besoin pour fonctionner. Le fait que 188 des 201 premières entreprises mondiales soient présentes dans au moins un paradis fiscal montre qu'il est temps d'agir. », conclut Winnie Byanima. http://www.francetvinfo.fr/economie/les-62-personnes-les-plus-riches-du-monde-possedent-autant-que-la-moitie-de-la-planete_1274439.html

Environ 7.600 milliards de dollars détenus par des individus sont placés dans des paradis fiscaux. Si des impôts étaient prélevés sur les revenus que cette richesse procure, les États obtiendraient chaque année 190 milliards de dollars de plus, a calculé Gabriel Zucman, professeur adjoint à l’université de Californie.

 

A une époque (moderne) où le libéralisme domine, il importe de savoir pourquoi, et à quoi, dans une triade, il s’oppose, s’articule, et auquel il doit moralement se subordonner, c’est-à-dire le solidarisme, et l’égalitarisme, ce second étant lui-même subordonné au premier.

Cette triade a ces racines et correspondances dans divers domaines de la vie :

-          Dans l’embryologie les trois feuillets : l'endoderme qui produit le tube digestif et ses glandes annexes (pancréas); le mésoderme qui produit les muscles, le squelette, les vaisseaux sanguins ; et l'ectoderme qui produit l'épiderme et le système nerveux.

-          Dans la psychologie les instances affective, conative et cognitive.

-          Dans la biotypologie et la morphopsychologie avec les somatotypes du psychologue William H. Sheldon, la distinction entre endomorphes viscérotones, mésomorphes somatotones, et ectomorphes cérébrotones, avec le tronc comme le visage divisés de bas en haut dans la partie nutritive (organes digestifs, sexuels et zone buccale ; organes respiratoire et zone nasale ; tête et zone frontale).

-          Dans la sociologie, la tripartition de Georges Dumézil avec les domaines 1 - économique (production et reproduction), 2 - guerrier et 3 - religieux : dans l’Ancien Régime 1 - tiers état, 2 -noblesse et 3 - clergé ; dans l’hindouisme 1 - les travailleurs Vaishyas (artisans, commerçants, agriculteurs) et Shudras (serviteurs), 2 - les Kshatriyas (roi, princes, guerriers), et 3 - les Brahmanes (prêtres, enseignants, lettrés) ; dans la Rome antique les divinités 1 - Quirinius, 2 - Mars et 3 - Jupiter.

-          Dans la sémantique, les verbes avoir, faire et être.

-          Et dans le domaine politique, dans la triarticulation sociale de Rudolf Steiner

 

 

1.      Solidarisme

La devise de la Révolution française, exprimée en 1790 par Camille Desmoulins et Maximilien Robespierre : « Liberté, Égalité, Fraternité » présente :

- un ordre inversé qui peut être révélateur sur la prédominance fondamentale du libéralisme lors de la révolution ;

- la fraternité plutôt que la solidarité, qu’elle fonde, car en fait la fraternité est une métaphore familiale qui symbolise l’identité entre les sociétaires, chacun pouvant s’assimiler avec chacun, et donc devant être en empathie avec lui, et donc devant être solidaire pour palier à ses souffrances (Christophe André: La Vie intérieure : La fraternité, France Culture, 28 juillet 2017 , https://www.franceculture.fr/emissions/la-vie-interieure/la-fraternite, parle de la solidarité comme de la « conséquence naturelle » de la fraternité, à 3mn57).

Le solidarisme est le premier niveau, la base nécessaire, pour la vie, la survie, donc de la production de la nourriture, de la santé, l’habitat. Il exprime la solidité, l’unité, prône l'entraide, le soutien, l'assistance entre les membres d'une collectivité, comme dans le cadre d'un individu (étymologiquement un indivisé) dont les organes participent à la vie de l'ensemble, là où doit être évité la compétitivité, l’accumulation, l’iniquité. Par exemple, l'obligation d’assistance à personne en danger est une obligation solidaire, qui prime sur la liberté (de ne pas aider).

Il est à l’opposé d’une « loi de la jungle » libérale, de la nature qui éliminerait les plus faibles, les moins aptes à survivre. La civilisation, à l’opposée de la barbarie, c’est la protection des plus faibles : enfants, vieillards, malades, handicapés. Elle consiste à s’occuper plus d’eux, et non à s’occuper également de tous.

La solidarité est une des explications de nombreuses fois mentionnées pour la longévité des habitants d’Ikaria dans Zones bleues, les secrets de la longévité (https://www.france.tv/france-5/zones-bleues-les-secrets-de-la-longevite/zones-bleues-les-secrets-de-la-longevite-saison-1/1033259-grece.html).

 

2. L'égalitarisme

L'égalitarisme concerne les relatons duelles, les situations conflictuelles, rivalitaires, l'égalité légale, d'accès au droit (l’isonomie, égalité face aux règles), et ainsi les domaines juridique et politique. Il peut par exemple s'agir de l'égalité du temps de parole de deux positions lors d'une campagne pour un référendum (l’iségorie), mais d’abord de l’égalité de souveraineté des citoyens (l’isocratie, et donc l’absence de super-citoyns commes les « grands électeurs » et autres élus à mandat représentatif qui peuvent décider l’opposé de leur programme électoral, contrairement aux élus à mandat impératif).

Il est secondaire par rapport au solidarisme qui prime la défense des plus faibles (enfants, malades, blessés, victimes).

Dans le domaine juridique, la solidarité apparait par exemple dans l'état de nécessité, qui abolit par solidarité certaines libertés comme la propriété privée.

 

Autre exemple, l'accès à la défense judiciaire, c'est-à-dire aux avocats, qui ne devrait pas être une profession libérale où les plus riches sont les mieux défendus et les plus pauvres ont des avocats commis d'office sous-payés.

Cet égalitarisme entre pauvres et riches quant au système judiciaire (contre la fable de la Jean de la Fontaine[i]) n’empêche pas une liberté (un certain libéralisme) quant au choix de son avocat et pour l’avocat du choix de ses judiciables (car il ne s’agirait plus de clients), les meilleurs avocats, plus sollicités, ayant plus de choix quant à défendre ce qui les tient le plus à cœur, les motive le plus, et les dossiers les plus rejetés, souvent car faibles, par les avocats les plus sollicités, se retrouveraient avec des avocats moins réputés, plus débutants, voire refusés par une commission d’acceptabilité. En tout cas, avocats comme judiciables, dans cet égalitarisme, cette neutralité quant à la richesse, seraient libérés du critère financier.

 

Dans le cadre politique, une campagne référendaire devrait offrir un temps et une audience égaux aux médias aux partisans des choix : c’est l’iségorie (étymologiquement l’égalité d’assemble)). Ainsi, même une idée encore minoritaire parce que récente, innovante, aurait assez de temps pour son argumentation auprès des citoyens, et même son échec en aurait d'autant plus de légitimité.

Par exemple, lors de la campagne médiatique du référendum français du 29 mai 2005, sur le traité établissant une constitution pour l'Europe, sur France Inter, soi-disant « service public mais en fait service d’Etat au service des ploutocrates, la séquence Questions directes a invité en deux mois vingt-trois partisans du oui et quatre partisans du non[ii] (5,75 invités pour le oui, contre 1 pour le non ; 85% versus 15%) ; avec une iségorie informant mieux les citoyens des arguments du non, les votes validés  n'auraient pas été à 55 pourcents non mais plutôt à neuf dixièmes...

 

Mettre à égalité implique faire preuve de solidarisme, lorsque par exemple il s’agit de mettre à égalité dans un procès une personne qui a des moyens d’expression défaillants (grâce à un traducteur par exemple).

 

Comme l’égalité prime, il s’agit de l’égalité des citoyens quant à la décision politique, et donc d’un régime démocratique, une absence de hiérarchie qui implique l’anarchisme, l’iségorie (égalité du temps de parole) et l’isonomie (égalité devant la loi), et surtout l’isocratie (égalité de souveraineté entre les citoyens).

 

3. Libéralisme

Le libéralisme est dernier. Il concerne tout ce qui n'est pas contraint par le solidarisme et l'égalitarisme.

Par la tripartition, on discerne que la culture est le domaine ou prime de la liberté, de la créativité, et qu'elle fait la dignité de l'humain, animal curieux et explorateur.

Faire dominer le libéralisme dans les autres domaines, c'est faire dominer la loi du plus fort[iii]. Si le libéralisme domine, c’est forcément au détriment de l’égalitarisme. C’est ce qui est advenu dans la Russie des années 1990, après l’effondrement de l’URSS, avec une misère accrue des pauvres, jusqu’à des disettes qui n’avaient pas été vécues depuis des décennies, et un enrichissement de nouveaux ploutocrates s’appropriant les anciens outils de production étatiques. C’est ce qui advient plus généralement dans les pays capitalistes libéraux contemporains, avec un accroissement des inégalités.

 

Le libéralisme conduit au passe-droit, consiste pour les politiciens (accédant au pouvoir par une compétition inéquitable, selon les moyens financiers que leur accordent les ploutocrates réels) au clientélisme : c’est-à-dire que seront aidés, non pas ceux qui en ont le plus besoin selon des critères réglementés, mais les plus demandeurs, en échange de leurs votes et d’autres soutiens.

 

La prééminence choisie au libéralisme à pour effet l'augmentation énorme de la liberté d'une minorité (surtout par l'enrichissement), et l'oppression de la grande majorité (sous couvert de respect de la propriété privée, etc.).

 

Il est logique/normal/prévisible que les intellectuels préfèrent /privilégient la liberté, pour deux raisons:

- parce que leur activité est déjà celle qui nécessite la liberté, plus que de la solidarité ou de l'égalité ;

- parce qu'ils sont plus issus (en héritiers) ou rentrant dans les classes sociales privilégiées, et qu'ils peuvent égoïstement vouloir négliger la solidarité et l'égalité; d'autant que certains peuvent vivre de la rente de leurs bien nommées royalties.

 

Il est normal que le libéralisme soit prôné, d'une part par égoïsme des classes dirigeantes (qui financent les médias et les politiciens), d'autre part car c'est le principe du domaine intellectuel, culturel, de ceux qui ont l’habilité à s’exprimer et à communiquer.

Jean-Claude Michéa rapproche la gauche et la droite politiques dans une marche commune vers le libéralisme, le centre-droit prônant quelque conservatisme culturel et éthique et quelque libéralisme économique, et la gauche prônant le libéralisme culturel et éthique. La tripartition permet de déduire que la gauche se rapproche plus de la bonne voie que la droite, même si elle reste, dans sa partie accessible au pouvoir, dans un bipartisme renforçant capitalisme et libéralisme, contrairement au socialisme de Pierre Leroux. Pour parodier Coluche, nous pourrions dire : « Je ne suis pas de gauche, mais je suis encore moins de droite. ».

Michéa concède justement une part de libéralisme (culturel) dans le domaine culturel, à propos de la liberté éditoriale (L'Empire du moindre mal (Essai sur la civilisation libérale, 2007, p. 202).

 

Le libéralisme dominant, c'est celui qui estime que la liberté s'arrête où commence celle de l'autre, au lieu de penser que les libertés s'arrêtent ensemble (et donc également) (Jean-Paul Jouary, Rousseau citoyen du futur p. 58).

 

Le pays puissant, fort de sa puissance, prône plus de libéralisme, et démolit toutes les structures qui le consolide, jusqu’à ôter quelque pièce maîtresse qui le fait se démolir.

Le moment Minsky : « lorsque tout va bien, on dérégule parce qu’on se sent fort, on pense qu’on est dans une ère de stabilité qui est liée aux réformes qu’on a conduites, qu’on est plus intelligent que les autres, que la génération précédente et que la suivante, et donc il y a une grande confiance en soi qui s’installe, et on démonte donc les régulations conçues comme les facteurs qui nous empêchent d’aller encore mieux que mieux, et puis, à force d’enlever toutes les pièces qui tenaient l’édifice, il arrive un moment où on enlève la pièce maitresse, et tout s’écroule » (Xavier Timbeau http://fr.wikipedia.org/wiki/Hyman_Minsky#Th.C3.A9ories

 

 

L’ultralibéralisme, c’est la loi de la jungle, la liberté du renard et des poules dans le poulailler.

La chasse aux subventions publiques/d’État fait partie de ce libéralisme : les grandes firmes agissent en lobbying afin d’établir ces subventions, et ont les services juridiques afin de les obtenir et en profiter, ce que ne peuvent faire les plus petites.

 

Le libéralisme dans la politique, c’est la compétition, l’élection (c’est-à-dire une aristocratie), et une oligarchie, une inégalité.

 

 

 

 

Les principes à défendre sont l'opposé de la tendance naturelle: dans le domaine culturel, c'est l'imitation qui domine, et donc l'identique, et on met en avant la liberté; dans le domaine politico-juridique, c'est l'inégalité qui domine et il faut tendre vers l'égalité; dans le domaine de la production et de la consommation, c'est l'égoïsme qui domine, et c'est la solidarité qu'il faut promouvoir.

 

anomie

 

Dimanche 31 aout 2014, samedi 13, dimanche 14 février 2016, jeudi 2 mars 2017

 


 

[i]  « Selon que vous serez puissant ou misérable, Les jugements de cour vous rendront blanc ou noir. », en conclusion de Les Animaux malades de la peste.

[ii] « 2005 : quand les Français ont dit non à l'Europe », 2017, à 12mn03s, ,  https://youtu.be/qnANL00YfKM?t=723 ; diffusé sur France 3 le 12 avril 2019, https://www.france.tv/documentaires/politique/946465-2005-quand-les-francais-ont-dit-non-a-l-europe.html .

[iii] Le fait que les 62 humains les plus riches de la planète possèdent autant que la moitié la plus pauvre de l'humanité (3,5 milliards) suffit à prouver que le libéralisme domine le solidarisme et l'égalitarisme.

« Le monde est devenu encore plus inégalitaire et la tendance s'accélère. », estime la directrice d'Oxfam International, Winnie Byanima, dans un communiqué accompagnant le document.

Ils étaient 388 en 2010, où la moitié la plus pauvre possédait mille milliards de dollars de plus qu’en 2015, alors que cette moitié a augmenté de 400 millions d’humains, et la fortune des 62 humains les plus riches a augmenté de 500 milliards de dollars, atteignant  1760 milliards de dollars (https://www.oxfamfrance.org/rapports/justice-fiscale/economie-au-service-des-1).

« Les entreprises multinationales et les riches élites ne suivent pas les mêmes règles que les autres, en refusant de payer des taxes dont la société a besoin pour fonctionner. Le fait que 188 des 201 premières entreprises mondiales soient présentes dans au moins un paradis fiscal montre qu'il est temps d'agir. », conclut Winnie Byanima. http://www.francetvinfo.fr/economie/les-62-personnes-les-plus-riches-du-monde-possedent-autant-que-la-moitie-de-la-planete_1274439.html

Environ 7.600 milliards de dollars détenus par des individus sont placés dans des paradis fiscaux. Si des impôts étaient prélevés sur les revenus que cette richesse procure, les États obtiendraient chaque année 190 milliards de dollars de plus, a calculé Gabriel Zucman, professeur adjoint à l’université de Californie.