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Le philosophe

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Religion

 

Une religion est un système social de rites et de mythes qui suppose la reconnaissance d'un principe d'efficacité éternelle qui structure sa conception du monde et produit une explication à ses rites.

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Un dieu est une personne, un animal ou autre chose à laquelle on attribue une surpuissante causalité intentionnelle (une causalité intentionnelle plus puissante que celle des autres personnes).

Un dieu est une personne, un animal ou autre chose dont on croit qu'elle a une surpuissante causalité intentionnelle (une causalité intentionnelle plus puissante que celle des autres personnes).

Un dieu est une puissance causale consciente transcendante.

Un diable ou démon est, dans une évolution sociale où les règles, la morale s'établissent, et où le dieu cesse d'être à la fois bénéfique et maléfique (le bon dieu), un dieu uniquement maléfique, qui symbolise le mal (et qui, pour cela, peut être plus ou moins dédivinisé, affaibli relativement aux autres dieux (ou à Dieu) sans cesser d'être sacré, de faire partie du sacré).

Par exemple, il y avait encore un culte du dieu égyptien Seth, meurtrier d'Osiris sous le Nouvel Empire: Ramsès II, dont le père se nommait Séthi («le Séthien»), ne craignait pas de se proclamer l'«Aimé de Seth»; mais ce culte du meurtrier de l'«Être bon» suscita de plus en plus l'indignation des adorateurs d'Osiris, et dans les cartouches gravés sur les parois de son tombeau, Séthi fit effacer l'image du maudit et se fit appeler non plus «le Séthien» mais «l'Osirien»; c'est vers le milieu du Xe siècle seulement, sous les rois de XXIIe dynastie, que l'assassin d'Osiris commença à subir la punition de son crime: on brisa ses statues et on martela ses images sur les bas-reliefs; quiconque écrivait son nom était forcé de l'effacer lui-même; on l'expulsa enfin du panthéon égyptien pour en faire le dieu des impurs, et l'ancien maître de la Haute-Égypte finit par devenir une sorte de diable ennemi de tous les dieux.

Un diable ne veut que le mal; diaboliser, c'est attribuer une volonté de mal total (par exemple, diaboliser Adolf Hitler).

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Hypothèse de Tarde:

Les bêtes féroces, en les dévorant, constituent le péril le plus important pour les premiers humains; leur puissance destructrice en fait les premiers dieux, moins vulnérables, moins faibles, moins mortels qu'eux (plus puissantes, les bêtes féroces étaient rarement tuées par les humains et, étant assimilées, elles n'étaient pas individuellement reconnues, et dans la nature, un cadavre est vite détruit: donc leur aspect mortel était peu visible).

Ensuite, au fur et à mesure que les défenses contre les bêtes féroces progressent et que la population humaine augmente, le péril provient de plus en plus d'autres humains, qui sont divinisés et qui, vaincus, tués, blessés ou prisonniers, sont par imitation des bêtes féroces, eux aussi mangés.

Comme ces bêtes, les autres dieux seront assoiffés de sang et exigeront impitoyablement un tribut périodique en vies humaines, dont on leur donne ou sert plus tard l'équivalent en vies bestiales, jusqu'à ce qu'il n'y ait plus que des symboles végétaux, comme dans l'hostie chrétienne.

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Un mythe est un récit fait par une société ou une partie d'une société, pour expliquer sa création ou les différenciations qui existent en elle ou dans son environnement, ou entre elle et son environnement, afin de modeler ses sujets (les sujets qui lui appartiennent) selon ces différenciations.

Le mythe peut être un récit de la création du monde, de l'apparition des humains, de leurs liens spéciaux avec certaines espèces animales et avec la nature en général, de la constitution ou de la différenciation des éléments qui composent le groupe, de l'apparition des inégalités de divers types, de l'origine de la mort, des maladies et de la définition du monde surnaturel; il renvoie à un temps primordial, auquel on se réfère sans cesse comme à la matrice des temps présents.

Selon les mythes grecs, il y eut création des Titans par la Terre, puis combat entre les Titans afin d'être le chef, le plus puissant: c'est une violence fondatrice de hiérarchie; puis il y eut création des dieux distincts des humains mortels, des diverses hiérarchies, des lois, des interdictions. Ainsi, ce que résume le fragment 60 d'Héraclite d'Éphèse: «Le combat est roi et père de tout. Les uns, il les produit comme des dieux, et les autres comme des hommes. Il rend les uns esclaves et les autres libres».

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Un rite est un système d'actes sociaux d'une collectivité de personnes, et qui attribue une fonction différenciée et distinguable aux divers sociétaires.

Par exemple, la corrida repose sur le principe d'inégalité, qui consiste à ramener un désordre spontané à l'ordre magistral, par la domination de l'homme sagace sur une force incontrôlée. Ce qui distingue ce rite sanglant de l'industrie des abattoirs, c'est que l'homme accepte ici de mêler son sang à celui de la bête.

 

Ces rites ont pour fonction:

- d'investir le sadisme du groupe béni des dieux; d'investir le masochisme des jeunes et le transformer en sadisme légal, licite aux prochaines festivités: on y sera d'autant plus cruel pour les novices qu'on a soi-même davantage souffert;

- de concentrer à certaines époques toute l'agressivité du groupe, notamment celle qui, dans toute société, règne en permanence aux frontières des âges, et bientôt, des sexes;

- de la camoufler aussi, en en faisant une exigence des dieux qui sacralisent le rite.

Le sort des rites est de se dégrader en représentations; leur cruauté finit par lasser: le sacrifice d'humains devient sacrifice de bêtes, puis gaspillage de matières; la fête religieuse devient carnaval, le rite de passage devient bizutage, jusqu'au jour où le symbole sacré, démystifié, révèle ce qu'il dissimulait et réglait: la violence sociale; la «Confirmation» chrétienne, le «Bar Mitzvah» israélite n'ont plus de fonction hors des bavardages théologiques, parce qu'ils ne font passer nulle part; le moment vient même où les «examens de passage» scolaires n'assurent plus à l'adolescent de jouer un rôle dans la société «adulte» qui d'un côté le rejette, de l'autre envie ses jeunes possibilités; de sorte que la double violence aux frontières n'a plus de limites: le jeune a beau réinventer tous les hauts faits de Persée, sa tête de Gorgone ne méduse plus personne et ne lui donne aucun droit d'entrée; il reste aux uns, asthéniques, à tourner la violence contre eux-mêmes: on devient ascète comme l'adolescent de Dostoïevski ou l'Alissa de Gide, dépressifs comme les romantiques privés des rites napoléoniens, anorexique et suicidaire comme certains faux mystiques, toxicomane comme les hippies du «Je veux voir Dieu en face.»; les autres sthéniques bien éduqués, s'adaptent, difficilement, en jouant hypocritement le double rôle de jeune fille-oie-blanche mais pourtant séductrice rouée pour "accrocher" un mari; quant aux agressifs anxieux et lucides, ils présentent souvent les deux pathologies, comme le Lafcadio de Gide qui se lacère le corps à coups de canif afin de se prouver qu'il est viril, et jette un homme au bas d'un train avec la même motivation; actes aussi peu "gratuits" que les rites de passage des sociétés archaïques ou les agressions adolescentes de nos modernes sociétés déritualisées; une société incapable d'inventer des rites fascinants pour ses jeunes les condamne en effet à la brutalisation.

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Est sacré ce qui échappe, est expulsé de la rivalité, de la vengeance, de la possession des personnes d'une société, par la destruction, le don.

Est sacré ce qui échappe, est expulsé de la rivalité, de la vengeance, de la possession des personnes d'une société, par la destruction, le don.

Par exemple, un vainqueur aux jeux olympiques antiques a offert des dizaines de prostituées sacrées au temple de Corynthe: ces femmes et leur sexualité étaient sacrifiées.

Comme le dieu sacrifié ou le monarque sacrifié, celui qui donne le plus a le plus de pouvoir social.

Le don est un autosacrifice, un renoncement qui permet d'éviter les conflits.

Un sacrifice est un rite de reproduction de ce qui est sacré, c'est la consommation religieuse, rituelle d'animaux.

Par exemple, il y a 2500-2400 ans en Grèce, le sacrifice d'humains se perpétuait sous la forme du «pharmakos» (poison et remède), personnage que la communauté entretenait à ses frais pour le sacrifier lors des calamités.

bêtes, prisonniers de guerre, esclaves, enfants, adolescents non mariés, handicapés, marginaux, rois

Est sacrifié ce dont le désordre, la mort ou la destruction permet (ou du moins le croit-on) d'éviter un désordre plus grand, plus de morts, de destructions, de violences: sacrifier, c'est éviter une réciprocité violente.

Par exemple, si le sang menstruel est sacré, la femme qui a ses menstrues ne sacrifie pas.

D'une manière fondamentale, ce qui est sacré est précisément ce qui est interdit.

Le sacrifice des autres animaux est le plus ancien mais, après une période où le sacrifice humain se développa, on dut substituer des autres animaux aux victimes humaines.

Par exemple, Socrate condamné à mort, refuse de fuir ces lois qui le condamnent injustement, car il considère que les lois d'Athènes sont comme ses parents qui l'ont élevé et nourri; pour Socrate, se soustraire aux lois aurait été une trahison envers ce qui l'a formé, et il l'aurait ressenti comme un parricide; il a donc choisi de se sacrifier lui-même afin de sauver les lois qui l'ont formé, plutôt que de les trahir, car les trahir aurait équivalu pour lui à les détruire, c'est-à-dire à détruire sa propre vérité, et par conséquent lui-même.

Par exemple, les soldats japonais kamikazes se sacrifiaient pour survivre en tant que héros en sauvant l'empereur, objet d'amour et d'identification (= modèle); comme la vie du soldat japonais dépendait de l'empereur, il n'aurait pas pu vivre si celui-ci serait mort, alors qu'en mourant pour lui, il le faisait vivre et se maintenait en vie puisqu'il s'identifiait à l'empereur.

«Bien que le Christ ressuscité soit désormais vivant d'une vie immortelle et incorruptible, il n'en est pas moins immolé de nouveau pour nous.» (Saint Grégoire le Grand)

«Lorsque vous voyez le Seigneur immolé et gisant sur l'autel, le prêtre penché pour le sacrifice et en prières, tous les assistants rougis de ce sang précieux, vous croiriez-vous encore avec les hommes et sur la terre?» (saint Jean Chrysostome)

«Autrefois, on offrait un veau: maintenant, c'est le Christ qui est offert.» (Saint Ambroise)

«Après que le peuple entier des croyants en a mangé la chair et bu le sang, l'agneau ainsi sacrifié demeure entier et vivant.» (Saint André)

«Il n'y a pas de rémission des péchés sans effusion de sang.» (Lettre aux Hébreux)

Le meurtre du Christ est symboliquement répété.

«Quelle puissance, mon Dieu, vous avez donnée à vos prêtres, en leur disant: Faites ceci en mémoire de moi! Leur parole est devenue un instrument plus aigu et plus tranchant  que le couteau qui égorgeait les victimes de l'ancienne loi... Ils mettent une vie divine là où il n'y avait qu'une matière inerte, et, du même coup, ils donnent la mort.» (J. M. L.  Monsabré, «Exposition du dogme catholique»; «Eucharistie», Carême 1884, 8e édition, 1905, p. 157-159)

L'hostie qui symbolise le Christ est soit rompue, symbolisant la séparation violente de la chair et du sang, soit mangée.

«Voyez comme la victime est pourtant détruite, consumée, anéantie. Au Calvaire, elle était blessée: ici elle est broyée... Être broyé, c'est perdre sa forme, son étendue, son organisation... Où sont donc son corps, ses membres, sa forme, sa vie humaine? Tout a été comprimé, broyé, réduit à cette miette inaperçue. Le Christ est personnellement tout entier, tout vivant, dans cette poussière, dans ce rien; n'est-ce pas le comble de l'abaissement, de la dépression, un véritable anéantissement!... L'obscurité, la fragilité, la vulgarité du grain de poussière! L'atome, presque le néant absolu! en tout cas, le néant des prérogatives, des manifestations et des opérations de la vie humaine.» (A. Tennière, «Manuel de l'adoration du Très saint Sacrement», Paris, 1889, p. 53-56)

Dans «Iphigénie en Tauride», la tragédie grecque d'Euripide, la déesse Athéna dit au roi Thoas: «Institue aussi cette loi: lorsque le peuple célébrera sa fête, que le prêtre élève l'épée sur la gorge d'un homme, en compensation de ta vie épargnée, et qu'il fasse perler le sang, pour que les rites soient respectés et que la déesse obtienne les honneurs qui lui sont dus.»: il s'agit d'une cérémonie symbolique dérivée d'anciens sacrifices d'humains; on ne tue plus la victime, mais on verse une goutte de son sang.

La statuette sacrée contient un «esprit mauvais», et on lui sacrifie des animaux pour contenir ses maléfices: les sacrificateurs attribuent à cet «esprit mauvais» des actes mauvais, violents alors que ce sont eux qui les réalisent en tuant ces bêtes, et en canalisant, en polarisant ainsi leur violence et leur mal.

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La plupart des interdits en vigueur dans les sociétés dites primitives sont en d'abord des interdits de mélange.

Toute opposition naturelle à l'instar de celle des sexes ou des saisons, peut faire naître des règles susceptibles de maintenir l'intégrité des principes dont elle manifeste l'antagonisme.

Si une chose possède par définition une nature fixe, une force au contraire peut apporter des biens ou des maux selon les circonstances particulières de ses manifestations successives; elle est bonne ou mauvaise, non par nature, mais par l'orientation qu'elle prend ou qu'on lui donne; virtuelle, elle est ambiguë; actualisée, elle devient univoque.

La sexualité est peut-être chez l'humain ce qu'il y a de plus sacré (il y a aussi le meurtre, c'est-à-dire le fait de faire mourir intentionnellement, mais il concerne moins de personnes maintenant; c'est un mal si ce n'est pas afin de manger, un bien si c'est afin de manger): la sexualité est l'acte le plus «merveilleux» et le plus dégoûtant (prostitution, viol).

Distinguer sacrifice et immolation: celui-ci impliquerait une destruction (un meurtre), pas le premier.

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Un décès est la mort d'une personne en tant qu'elle est conclue socialement, officiellement.

Un décès est un jugement (une conclusion) social, officiel de mort (d'une personne).

Par exemple, le critère de décès dans des sociétés où l'on peut prélever des organes afin de les greffer à d'autres personnes est le diagnostic de «mort cérébrale» (inactivité du tronc cérébral, ou du cerveau entier), alors que son cœur bat et qu'elle respire.

Une funéraille est un rite d'expulsion, de séparation d'un mort de la société des vivants.

Le cadavre dû au meurtre collectif symbolise pour toute la communauté le retour à la paix, à la vie

La mort se manifeste comme plus bienveillante que terrifiante

Dans les funérailles, la terreur correspond à la décomposition du cadavre, symbole de la crise mimétique; ce moment ne fait que préparer la réconciliation sacrificielle et le retour à la vie

Comme il n'est pas question d'abandonner ce cadavre-talisman, c'est toujours comme tombeau que s'élabore la culture. Le tombeau est le premier monument à s'élever autour de la victime émissaire. Le tombeau est le premier (et le seul) symbole culturel.

La mort est la pire violence, elle est extrêmement maléfique: on isole le mort, on se purifie de tout contact; mais la mort est paradoxalement bénéfique, car quelles que soient les causes et les circonstances de sa mort, celui qui meurt se trouve toujours, face à la communauté toute entière, dans un rapport analogue à celui de la victime émissaire

Un tombeau est un monument funéraire.

Un monument est un artefact fait pour causer, par sa vision, le souvenir d'un événement ou d'un sujet mort (à une collectivité de personnes).

Les rites funéraires sont faits d'abord sur des dieux, puis des rois avant d'être reproduits sur l'ensemble des humains.

Par exemple, le dieu égyptien Osiris est tué par son frère Seth, envieux de son pouvoir, qui le découpe en quatorze morceaux qu'il disperse; la sœur et épouse d'Osiris, Isis, et sa sœur Nephthys (épouse de Seth), reconstituent son corps avec l'aide du dieu Anubis; transformées en oiselles, Isis et Nephthys agitent leurs grandes ailes pour ressusciter le dieu avec le souffle; l'éternité était assurée au roi seul, d'abord; mais à partir du Moyen Empire égyptien, les devenirs funéraires étaient possibles pour tous: tout humain qui pourra faire en sorte que, après sa mort, les rites pratiqués sur le corps d'Osiris soient reproduits pour lui et les mêmes paroles prononcées revivra. Jusqu'à la fin de l'Ancien Empire (il y a environ 4.200 ans), l'embaumement (qui est une technique imitant artificiellement la dessiccation naturelle des cadavres dans le sable) était réservé au roi et à sa famille, jusqu'à ce que des familles nobles d'Égypte se révoltèrent, acquirent des terres et s'approprièrent des privilèges religieux; il y a un peu moins de 3.000 ans sont apparues des momies et des textes concernant des personnes de la classe moyenne: des médecins, des prêtres, des scribes, des fonctionnaires; un millénaire après, cette pratique était répandue à toutes les classes.

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Le cannibalisme rituel est un moyen de transformer la mort en vie, de ne pas laisser le cadavre se décomposer ou subsister mais en faire un élément vivant, ou plutôt vivifiant: par sa mort, la personne défunte apporte la vie

Par exemple, pour les Guayaqui, comme pour de nombreuses tribus d'Amérique du Sud, l'âme des défunts est dangereuse car elle cherche à entraîner l'âme des vivants dans l'au-delà. Si l'on se contente d'enterrer les morts, il y a toujours le risque qu'une âme défunte s'insinue dans le corps d'un vivant et lui cause une maladie mortelle. Une fois le cadavre dispersé entre tous les membres de la famille, l'âme du disparu ne peut plus s'approprier une nouvelle enveloppe corporelle. Ainsi, le monde des vivants est préservé de l'influence néfaste des morts.

Les Amérindiens Yanomani d'Amazonie laissent le cadavre se putréfier durant une semaine ou deux dans la forêt où il est suspendu à un arbre dans un sac de feuilles, de bois et de lianes, puis ils le récupèrent et finissent de débarrasser le squelette de ses chairs. Les os sont ensuite mis à sécher pour être finalement brûlés. Les fragments calcinés sont pilés et la poudre ainsi obtenue stockée dans une calebasse. Quelques mois plus tard, les cendres seront ingérées, mêlées à de la purée de banane, lors d'une grande fête réunissant les parents et les amis des villages voisins. Ce rite permet de faire disparaître toute trace corporelle et sociale du mort: les chairs du cadavre se sont dissoutes dans la terre, les os pilés ont été absorbés et toutes les possessions du défunt brûlées. Sans cet effacement total, les Yanomani croient que le spectre du mort risquerait de revenir hanter les vivants, les plongeant dans la mélancolie et dans un deuil éternel. D'autre part, la fête donnée à cette occasion consolide les liens sociaux avec les parents et amis des villages voisins.

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Un baptême est un rite de nomination.

C'est un acte de différenciation d'une entité des autres: c'est un acte permettant de distinguer par lequel il y a évitement de l'indifférenciation.

Avant son baptême, une personne est hautement sacrifiable (sacrifices d'enfants, surtout de jumeaux).

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Un mariage est un rite d'union sexuelle (contractuelle) illimitée temporellement entre deux personnes.

Il y a des sociétés humaines traditionnelles sans tradition de mariage; par exemple, chez les Na, agriculteurs de la région de Yongning, sur les contreforts de l'Himalaya en Chine, les hommes vivent avec leurs sœurs et les enfants de celles-ci, et font des visites nocturnes aux femmes des maisons voisines; les Na se font un devoir de n'être ni jaloux, ni fidèles.

La monogamie est le fait pour une personne d'être mariée à une unique personne simultanément.

La polygamie est le fait pour une personne d'être mariée à plusieurs personnes simultanément.

Un époux est une personne à qui on est marié.

Un divorce est la cessation intentionnelle, institutionnelle (par rupture, cessation du contrat) de la relation maritale entre les époux de leur vivant.

Le veuvage est le fait que son époux soit mort.

Un veuf est l'époux d'un mort.

Un célibataire est une personne non mariée (ni veuve?), à un âge où elle a le droit de se marier.

Par exemple, chez les Amérindiens Guyakis de l'Amazonie, les hommes célibataires sont des dangers, car, à la recherche de femmes, ils sont les premiers ennemis du groupe, ceux contre lesquels on se défend; vouloir rester célibataire («betagi») tandis qu'on a l'âge de se marier (être «kybai gatu»), s'accrocher à l'état de célibataire irresponsable lorsqu'on peut avoir une épouse, c'est introduire le désordre dans la société; le célibataire menacerait l'ordre de la société s'il refusait de devenir adulte; un célibataire, c'est comme un jaguar dans la communauté; un homme qui voudrait prolonger au-delà des délais tolérés sa liberté de célibataire, qui voudrait jouir sans limites du droit de conquérir les faveurs des femmes deviendrait une source de troubles et de conflits dans la tribu, à la fois pour les hommes mariés dont il menacerait les épouses et pour les initiés plus jeunes qui attendent leur tour.

Se fiancer, c'est contracter l'intention (ou la décision) de se marier.

Le concubinage est le fait de vivre avec une personne avec qui on a des relations sexuelles, sans être mariée avec.

L'exogamie est le fait de se marier avec une personne extérieure à l'ensemble de personnes auquel on appartient.

L'endogamie est le fait de se marier avec une personne appartenant à l'ensemble de personnes auquel on appartient.

La virilocalité ou patrilocalité est le fait pour un couple marié de résider là où réside la famille de l'époux.

L'uxorilocalité ou matrilocalité est le fait pour un couple marié de résider là où réside la famille de l'épouse.

La néolocalité est le fait pour un couple marié de résider là où ne réside ni la famille de l'époux ni celle de l'épouse.

Les sociétés de chasseurs qui sont devenues agricoles sont souvent devenues matrilocales car les activités agricoles étaient surtout féminines.

Le labourage et le pastoralisme causent plus de patrilocalité.

La néolocalité cause la disparition de l'unilinéarité.

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Une fête est un rite ou un temps durant lequel sont autorisées des choses qui ne le sont pas autrement.

La fête a pour fonction de resserrer la solidarité du groupe, d'augmenter périodiquement le contact, la cohésion et l'unanimité entre ses membres.

Réunion des membres du groupe, rite de consommation (dépense, gaspillage), transgression des règles

Une fête est une commémoration joyeuse de la crise sacrificielle et en est la préparation; l'aspect maléfique de la crise est atténué par le caractère bénéfique de sa résolution: l'unanimité fondatrice. La fête est due à une interprétation continue de la crise sacrificielle et de sa résolution. Inséparable, désormais, de son dénuement favorable, la crise elle-même devient matière de réjouissances.

Par exemple, les orgies, les bacchanales, les carnavals, les Mardi Gras sont des fêtes: au terme du carnaval le «roi des fous» (ou son effigie) sera sacrifié d'une manière ou d'une autre; la bacchanale antique commence par l'abolition des différences: entre les hommes et les femmes, entre les humains et les bêtes, entre les dieux (Dionysos) et les humains (le roi Penthée) et se termine par le meurtre du roi Penthée qui était possédé par le dieu Dionysos, et par la fin de l'abolition des différences: les hommes et les femmes, les humains et les bêtes, les dieux et les humains reviennent à leur place, retrouvent leur différence.

À l'origine la Saint-Valentin était une fête où les épouses étaient autorisées à cocufier leur mari (ou inversement).

Une anti-fête est un rite ou un temps durant lequel interdites des choses qui ne le sont pas autrement.

Au lieu d'être précédés par une période de licence et de relâchement, les rites d'expulsion sacrificielle couronneront une période d'austérité extrême, un redoublement de rigueur dans le respect des interdits: il s'agit de reproduire les effets bénéfiques de l'unanimité violente tout en faisant l'économie des étapes terribles qui la précèdent et qui, cette fois, sont remémorées de façon négative.

Par exemple, le carême (qui suit la fête du Mardi Gras), le ramadan, l'ascétisme sont des anti-fêtes.

L'anti-fête apparaît après la fête, avec les interdictions.

 

L'ascétisme (ou ascèse?) est le renoncement à des causes de plaisir ou de satisfaction qui peuvent causer chez d'autres sujets l'envie, la jalousie, ou la rivalité, la concurrence, des conflits avec eux.

 

Interdiction                 Rite

Empêcher                  Réparer

Prophylactique          Thérapeutique

Anti-fête (ascèse)      Fête

Les anti-fêtes ou ascèses ne seraient pas des rites.

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Dans les sociétés traditionnelles, la violence inter-âge est régulée dans les rites de passage.

Le désir de l'adulte menacé par le jeune est de tuer l'enfant (Laïos vis à vis de son fils Œdipe, Acrisios vis à vis de sa fille Danaé, Abraham vis à vis de son fils Isaac): le mythe d'Abraham permet la projection en Dieu de la pulsion criminelle d'Abraham (Dieu veut du sang, des sacrifices), et le déplacement symbolique de l'agressivité dans le sacrifice de l'agneau, victime rendue préalablement aussi innocente que la personne qu'on est tenté de tuer.

Mais le rite ne servirait à rien aux limites des âges, s'il n'était qu'un symbolique transfert d'agressivité, car le jeune, lui aussi, menace de tuer le père pour le remplacer au travail et au lit; et c'est la fonction des rites de passage que de ritualiser par des actes symboliques (sun-ballein) la double violence des pères et des fils aux limites des âges.

Par exemple, les bizutages des grandes écoles.

Ces rites sont souvent barbares, mais c'est nécessaire pour abréagir la violence des deux générations en la sublimant dans le consensus, et pour donner au jeune l'impression qu'il conquiert définitivement ses droits virils et son insertion dans la société adulte ne faisant qu'un avec le monde du sacré; cette barbarie est limitée dans le temps et cette limitation est aussi une fonction de la fête qui ne revient que tous les huit ou dix ans car elle coûte cher; ce rythme est rassurant pour tous, les adultes étant assurés de jouer leur rôle longtemps, les adolescents acceptant de se tenir à leur place parce qu'ils sont sûrs d'accéder, que cette accession ne dépend pas de leur conduite avant le rite, mais d'un accueil adulte qui viendra de toutes façons; ces rythmes sont importants dans l'apaisement de l'agressivité sociale: ils soumettent à l'ordre temporel l'agressivité flottante en la limitant à quelques abcès de fixation, alors que dans nos sociétés elle est perpétuellement diffuse et finit par empoisonner toutes les relations.

Par exemple, chez les Poros, le novice est avalé par un faux crocodile; du sang humain est versé sur sa tête, pour lequel un jeune est parfois réellement, mortellement sacrifié. Chez les Bakongo d'Afrique, le jeune doit mourir et ressusciter: quand il renaît parmi les adultes, il a tout oublié, même son nom, dont il a changé; même la manière de se tenir debout et de manger: ses aliments lui sont mâchés.

Dans la tribu africaine des Nouers, on creuse un trou pour maintenir le novice; on coupe les tissus du crâne jusqu'à l'os par six fois, de façon que toute la peau retombe devant et derrière: l'effusion de sang est telle qu'elle met la vie en danger et peut laisser l'enfant dans le coma durant plusieurs journées, au cours desquelles le sacrificateur le veille maternellement et investit toute l'ambivalence sadique du groupe violenté par l'introduction des nouveaux rivaux.

Les rites de différenciation sexuelle:

Par exemple, la circoncision et l'excision ôtent violemment dans le corps de chacun ce qui le rapproche de l'autre sexe (le prépuce chez le garçon comme des lèvres vaginales, le clitoris de la fille comme un mini-pénis); ces rites font d'organes de plaisir tentateurs des lieux de douleur et diminuent par leur ablation les capacités de plaisir; la tentation envers l'activité sexuelle, sa désirabilité et l'envie, la jalousie, la rivalité, les conflits qu'elle cause entre sociétaires en deviennent diminués.

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Un potlatch est un rite d'échange(s?) dans lequel un don cause une obligation de don inverse chez la personne qui le reçoit.

C'est un rite des Amérindiens Kwakiutl de la côte nord-ouest de l'Amérique du Nord.

Le potlatch comporte une certaine dose d'agressivité, en cela que chaque personne peut s'efforcer de surenchérir dans la "générosité", obligeant ainsi davantage le partenaire-adversaire.

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Les monstres comme enfants issus de, conçus par, dans l'inceste.

Ce qui montre la puissance des dieux.

indice d'un désordre

Un monstre est un individu (irréel) fait de (la réunion de) membres de plusieurs individus (réels) d'espèces différentes.

Par exemple, les sphinx, les centaures, les sirènes sont des monstres; les exocets (poissons qui volent), les autruches (oiseaux qui ne volent pas), les chauve-souris (mammifères qui volent) sont des animaux monstrueux.

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Un scandale est un acte en tant qu'il cause chez une collectivité de personnes l'indignation, la rancune, la volonté de vengeance, de punition.

Un charivari est la commémoration d'un assassinat causé par une situation scandaleuse.

Par exemple, un homme vieux qui se marie avec une femme jeune qui "revient" aux hommes jeunes.

Le 12, 13 décembre, à la Sainte Lucie

Période où les jeunes commandent

Excès de bruit, excès scatologiques (excès sur la pureté), sur la lumière (nuit la plus longue: il faut réveiller le jour; si le temps continue, c'en est fait du jour: il faut arrêter le temps et le renvoyer dans l'autre sens).

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L'exécration est l'imprécation profanant les choses saintes.

L'idole et le tophet

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Un roi est une personne sacrée qui est au sommet de la hiérarchie (qui a le plus grand pouvoir social).

A l'origine, le roi est une personne destinée à être sacrifiée et dont le délai jusqu'à son sacrifice lui permet d'être la personne la plus puissante de la société (encouragée à faire tout ce qui est interdit aux autres pour susciter et justifier sa mort violente), parfois jusqu'à pouvoir retarder son sacrifice (par exemple jusqu'à ce que ses forces l'abandonnent), voire à pouvoir l'éviter, et voire même jusqu'à pouvoir choisir qui aura son pouvoir (le remplacera) après lui.

La royauté et la divinité ont eu la même histoire: de victime sacrificielle ambivalente, elles sont devenues toute puissance positive, puis survivance désuète d'un passé traditionnel.

La troisième époque de la royauté et de la divinité sont ce que Karl Marx a appelé «le triomphe de la bourgeoisie» («le triomphe de la bourgeoisie a noyé les frissons sacrés de l'extase religieuse, de l'enthousiasme chevaleresque et de la sentimentalité à quatre sous dans les eaux glacées du calcul égoïste», dans «La lutte des classes en France», cité par Michel Houellebecq dans «Jacques Prévert est un con»), la domination du commerce, de la monnaie et de la finance; la deuxième époque et celle de l'aristocratie: les plus courageux, les plus forts ou les plus chanceux survivent, évitent ou retardent une mort violente; cela rejoint les trois âges de Vico: âge des dieux, âge des héros et âge des hommes.

La deuxième époque est celle du monothéisme et de la monarchie: pas de nouveau dieu, un unique roi remplacé à sa mort par la personne qui lui diffère le moins (son fils aîné).

La première époque est celle de la théocratie, la deuxième celle de l'aristocratie et la troisième celle de la démocratie.

La monarchie est sacrée ou désacralisée.

Le délai nécessaire entre le choix de la victime et son sacrifice va forcément jouer un rôle éminent dans le développement culturel de l'humanité

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Un héros est une personne courageuse qui affronte le danger, la violence, et dont on raconte l'histoire exemplaire socialement.

Chez les Dinka du sud Soudan, il y a une compétition des jeunes hommes qui s'engraissent avec le lait de leurs vaches traies par leurs épouses, indiquant ainsi leur richesse; celui qui en meurt l'estomac explosé est un héros.

Le masque du super-héros (Superman, Batman, Spiderman, etc.) symbolise l'anonymat et la solitude dans l'environnement urbain où il agit, mais il transcende, cathartise l'angoissante vie urbaine dans sa célébrité admirée où chacun peut s'imaginer que c'est soi-même l'admirable personne derrière le masque, mais qu'on ne reconnaît pas comme telle.

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Ce qui a découvert les mécanismes sacrificiels et victimaires dans le judéo-christianisme, c'est peut-être que la victime a pu s'exprimer, en particulier par l'écriture.

L'écriture d'Orphée.

Rôle de l'écriture dans la dénonciation du sacrifice.

Le peuple juif peuple victime, bouc émissaire d'autres peuples, ayant une écriture mais pas de territoire.

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Un bouc-émissaire ou tophet est une victime innocente accusée par une collectivité.

Un bouc-émissaire ou tophet est la victime innocente d'une collectivité.

«bouc-émissaire» provient de la traduction latine («caper emissarius») du mot grec («apopompaios») lequel signifie: qui écarte les fléaux; le terme hébreu serait plutôt: voué à Azazel (démon) («Lévitique» 16, 5 à 10)

rite par quoi la communauté charge un bouc de ses péchés avant d'expulser la victime

Pour que le mécanisme du bouc-émissaire et les persécutions collectives fonctionnent de façon productive, il faut que:

- les acteurs sociaux doivent devenir la proie d'affects violents et contagieux (envie, colère, haine) de telle sorte qu'ils attribuent tous les maux de la communauté à un individu dont l'expulsion ramène l'ordre et la paix;

- les individus ne doivent pas comprendre ce qui se passe, ils doivent croire en la culpabilité de la victime; si quelqu'un manipule le mécanisme, il doit voir ce que les autres ne voient pas: l'innocence de la victime et l'arbitraire du choix qui la désigne;

- si l'histoire de ce qui s'est passé est racontée ou écrite, elle doit l'être du point de vue des persécuteurs, non de celui de la victime.

Il ne faut pas que:

- les sociétaires savent qu'ils vivent dans une société bien ordonnée et juste, qu'ils ont un sens de la justice; et qu'en conséquence les affects contagieux et potentiellement destructrices y sont réduits à des nouveaux inoffensifs;

- la condition de publicité rend impossible toute manipulation d'un mécanisme de bouc-émissaire;

- la mise en scène tout entière de la position originelle aboutit à donner un statut privilégié aux plus mal lotis - ceux qui pourraient être les victimes sacrificielles.

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La sorcellerie est

Par exemple, en Afrique, les accusations de sorcellerie s'énoncent constamment en termes d'atteintes au corps humain: le sorcier "mange" la chair de ses victimes, "boit" leur sang ou les mutile en leur enlevant un membre ou un organe: c'est souvent par de tels imputations que l'on explique la maladie ou la mort.

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Une idole est un modèle transcendant individuel (personnel) d'une collectivité.

Par exemple, un chanteur, un acteur, un humain public («l'idole des jeunes», les «stars», Hitler, Elvis Presley, les Beatles, Jésus-Christ).

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Un fanatique est une personne qui a (et qui partiellement fait) une idole.

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Une secte est une collectivité de personnes qui vivent selon des règles en opposition avec celles de la société dans laquelle ils sont, et qui veulent et essaient de remplacer ces règles-ci par les leurs.

Par exemple, le christianisme était une secte durant ses trois premiers siècles d'existence dans l'empire romain.

Par exemple, une famille peut vivre selon des règles en opposition avec celles de la société dans laquelle elle est, mais sans vouloir ni essayer de changer les règles de cette société.

Une secte est une collectivité de personnes ayant les mêmes secrets...

Dans une secte, il est facile d'y entrer, difficile d'en sortir, et les réponses y sont toutes faites; dans une organisation initiatique ou ésotérique, c'est l'inverse: il est difficile d'y entrer et facile d'en sortir, et c'est une voie, une quête difficile.

Orphisme: anti-religion: ne pas s'emparer de la génitalité mais la fuir; Orphée décapité par des femmes: suppression, destruction de cette anti-culture .

La différenciation est la fin de ce monde unifié.

Une secte est une anti-religion.

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Par l'orphisme, les hommes ne cherchent pas à, n'essaient pas de prendre le pouvoir des femmes, mais à l'éliminer avec le leur: agonisme nul.

 

Opposé de l'émotion esthétique.

Trouble d'être confronté à une absence, puisque Dieu, comme conscience absolue, est nécessairement au-delà du temps et de l'espace.

Le croyant saisit l'univers lui-même comme une œuvre d'art, fille d'une conscience créatrice. Le spectateur de l'univers se saisit comme créature, donc lui-même partie de l'œuvre qu'il admire

 

Dans le monothéisme, la divinité est abstraite.

  

Le dieu sémite est tout-puissant et infini.

 

Le Père du Christ est un dieu irréel.

 

La différence entre la divinité et les autres métaréalités: son intentionnalité, son humanité.

 

Sans plan, c'est-à-dire sans les conditions régulatrices de la nature qui gouvernent tout, il n'y aurait pas d'ordre naturel, mais un chaos.

 

Ce n'est pas pour rien que les planètes ont des noms de dieux, ou inversement.

 

 

Les dieux savent.

 

La divinité est une métaréalité.

L'attachement aux parents dans le théisme.

 

La divinité peut tout: «le Tout-puissant»: métaréalité.

 

Le dieu est la personne qu'on admire, qui est admirée.

On imite ce qu'on admire, on admire ce qu'on imite.

L'admiration et l'imitation sont équivalentes.

L'admiration et le désir de devenir ce qu'on admire sont équivalents.

 

 

L'humain veut être un dieu.

L'imité est libre (d'être ce qu'il veut), pas l'imitateur.

 

On obéit à la divinité, ou on le doit.

 

Tu as tout ce que je n'ai pas et tu sais tout ce que je ne sais pas.

 

L'ascétisme est la voie même de la puissance.

 

 «consommation» et «consumation»: manger et brûler

 

Le folklore est ce qui reste des rites traditionnels (de la tradition, des fêtes) dans une société moderne (régie par la monnaie).

 

 

 

«Chaque année, au printemps, dans les îles de Hokkaido et de Sakhaline, territoire des Aïnous, un chasseur capturait des oursons. Revenu à son campement, il les confiait à sa femme. Ces oursons grandissaient parmi les hommes chevelus et les femmes tatouées qui vivent dans ces îles du nord du Japon.

La femme du chasseur gardait un ourson et l'allaitait comme son propre enfant. Il était élevé avec tendresse, dorloté par sa mère nourricière qui mastiquait sa nourriture et la lui donnait directement dans la bouche.

Quelques mois plus tard, l'ourson était enfermé dans une cage en bois, et nourri par son propriétaire. Chacun contribuait à son entretien car il absorbait d'énormes quantités de nourriture.

En été, on l'accompagnait se baigner à la rivière et on l'entourait d'affection. L'automne venu, tout le village se rassemblait autour de sa cage de bois pour une grande cérémonie de mise à mort. On lui expliquait les raisons de son sacrifice en lui demandant pardon. En échange des bons soins dont il avait profité, on lui demandait d'intercéder auprès des dieux pour qu'ils envoient beaucoup de loutres en hiver et, en été, des phoques et des poissons en abondance.

Les femmes dansaient autour de la cage. Tandis que sa «mère», celle qui l'avait aimé et nourri au sein, sanglotait, gémissait, s'arrachait les cheveux. Au moment de l'exécution, quand l'ours était entouré, excité par les hommes, puis étranglé, elle frappait les meurtriers avec un long bâton. L'ours était ensuite découpé puis bouilli et tous les morceaux consommés avec le plus grand soin. Aucun déchet ne devait être laissé aux chiens.

Cette cérémonie, connue et décrite par les ethnologues depuis le XIXe siècle, témoigne de la place de l'allaitement des bébés animaux par des femmes. Jacqueline Millet, une jeune ethnologue suisse rapporte cette pratique rituelle dans sa thèse.»

(Brigitte Daran, «Ces femmes qui allaitent des animaux», dans Science et avenir, N° 575, janvier 1995)

 

La magie est la foi de l'influence d'une représentation sur ce qu'elle représente.

Par exemple, détériorer ou détruire une image ou une figurine qui représente un ennemi, ce qui selon la magie a un effet identique sur l'ennemi.

Par exemple, un thérapeute demande à des enfants affligés de verrues sur les doigts de dessiner leurs mains et d'y faire figurer leurs verrues; ces dessins sont solennellement brûlés et le thérapeute prédit à l'enfant la disparition de ces verrues, dont la représentation, l'effigie, a été brûlée, dans un délai arbitrairement fixé à une, deux ou trois journées; le plus souvent, cela se réalise.

 

Une superstition est une croyance magique.

Vertu préventive, mais ni curative ni encore moins agressive.

Par exemple, à Galela, on doit ne pas peigner les enfants avant que ses dents soient faites, sans cela elles seraient séparées comme les dents d'un peigne; les enfants doivent ne pas regarder de tamis, sinon ils auraient sur leur corps autant de plaies que le tamis a de trous; par exemple, un chasseur doit ne pas manger de lièvre, car il deviendrait couard; une femme enceinte doit ne pas manger de cochon, car son enfant serait laid.

 

L'envoûtement comme pratique, technique, moyen magique (pas nécessairement selon Oughourlian), irrationnel pour obtenir, s'approprier des choses qu'on désire d'autres personnes.

L'envoûteur ne peut pas avoir ce qu'il désire, et par revanche, fait en sorte que l'autre ne l'ait plus.

L'envoûteur manifeste son envie, sa jalousie et donc sa dépendance, son asservissement psychique; afin de se préserver du choc en retour en cas d'échec, il pratique l'envoûtement triangulaire, c'est-à-dire qu'il prend la précaution, pour le cas où il n'atteindrait pas la personne visée, de désigner d'avance un animal (chat, souris, tortue) ou autre chose (généralement un récipient rempli d'eau) destiné à dévier d'eux le choc en retour et à le recevoir (comme un bouc-émissaire préserve de la relation mimétique); cette précaution, en général suffisante, est absolument inefficace contre un contre-envoûtement bien fait.

Une dagyde ou volt est une figure de cire, à l'effigie, plus ou moins ressemblante, d'une personne et renfermant si possible des rognures d'ongles ou des cheveux de celle-ci ou, à défaut, des choses ayant été en contact intime avec elle (mouchoir, morceau de chemise). Cette représentation de la personne est soumise à tous les traitements que l'on souhaite lui voir subir: baisers et caresses dans l'envoûtement d'amour, piqûres d'épingles, pincements, brûlures dans l'envoûtement de haine.

Une charge est un volt qui peut être un œuf non fécondé, ou une taupe, une souris, une chauve-souris, un crapaud, un serpent, un lézard, une tortue, revêtue si possible de choses ayant appartenu à la victime, ou des poils des animaux à détruire; afin que l'envoûté prenne le sort, elle est enterrée dans un chemin où il passe souvent, ou même, si c'est possible, sur le seuil de sa maison.

L'enclouage consiste à enfoncer violemment un clou soit dans l'empreinte que vient de laisser à terre la personne ou l'animal à enclouer, soit, un jour ensoleillé, dans leur ombre.

Le nouement de l'aiguillette consiste en un nœud de ficelle que l'on a fait avec un violent et puissant désir de nouer le désir de la personne à qui on veut du mal; ce nœud devra être en contact le plus intime possible avec l'envoûté; le nouement de l'aiguillette est pratiqué si possible la journée du mariage, dans l'église, au moment de l'échange des anneaux.

Les messes-noires et les incantations avec appels aux entités du mal sont réservés aux spécialistes de la magie noire; les rites et le jargon spécialisés sont toujours destinés à appuyer, à renforcer et à crédibiliser le désir exprimé et les souhaits ardents de l'envoûteur.

La seule-volonté consiste en la recherche délibérée de la maîtrise du rapport interindividuel; il ne s'agit ni de magie imitative ni de représentation; il est indispensable de prendre d'abord contact avec le sujet à envoûter; en ce cas, l'envoûteur cherche avidement l'occasion de saisir, ne fut-ce que la durée d'une ou quelques secondes, une main ou les deux mains de sa future victime; un simple et furtif attouchement d'une épaule, d'un bras, d'une jambe, d'un pied peut suffire à amener l'emprise d'un corps astral sur un autre, ainsi que la seule prise du regard; cette dernière, en public, conduit exceptionnellement un individu à l'hypnose complète, mais le met pour plusieurs journées ou plusieurs semaines dans un état, si je peux m'exprimer ainsi, d'hypnose éveillée, c'est-à-dire d'hypnose si atténuée qu'elle n'est pas incompatible avec les actes machinaux de la vie courante, mais est suffisamment forte cependant pour venir mettre la victime à la disposition de l'opérateur.

 

 

La divinisation est la vivification (poétique) de la mort (de la victime sacrificielle).

Un dieu est un esprit cosmique éternel.

La providence est la volonté divine.

La cause première est la cause qui n'est l'effet d'aucune autre cause.

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Le surnaturalisme est la croyance que des réalités dépendent d'intentions autres qu'animales, desintentions supérieures aux nôtres, divines.

Par exemple, si un prêtre, connaissant ses désirs pédophiliques, demande à son évêque de lui trouver un ministère qui l'éloigne du contact des enfants, et que celui-ci lui conseille la prière: «Si Dieu vous a mis là, c'est qu'il vous donne aussi la grâce de surmonter vos difficultés; il vous suffit de prier la Sainte Vierge et tout ira bien.», il invoque une explication et une résolution surnaturelles plutôt que d'éviter plus efficacement des actes pédophiliques.

La surnature est analogiquement (par translation analogique) à la nature ce que la nature est à l'artificie: sa créatrice.

Tout artefact a une finalité; s'il existait réellement une surnature, la nature aurait une finalité.

Par exemple, affirmer comme Voltaire que la nature est aussi complexe et organisée qu'une horloge, et qu'une horloge ne peut se faire toute seule, et qu'il y a un dieu créateur, est un raisonnement analogique: si l'horloge est une créature intentionnelle et que rien d'aussi complexe et organisé ne peut être fait par hasard, il en est de même pour la nature qui est une créature d'une intention surnaturelle; or cela ne fait que déplacer ce qui est inexpliqué de la nature vers une autre chose inexpliquée, la surnature, et ne fait que complexifier les choses sans les expliquer. Néanmoins, cela satisfait la tendance des personnes à considérer comme la plus symbolique le type de causalité dont il ont le plus conscience, c'est-à-dire la causalité intentionnelle, et à être adaptés à vivre (socialement) avec d'autres causalités intentionnelles, leurs semblables, leurs congénères.