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L'anthologiste

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Molière

 

Jean-Bapstiste Poquelin est né le 15 janvier 1622, mort le 17 février 1673 juste après une dernière représentation interrompu au théâtre de la Comédie Française.

 

Dom Garcie de Navarre ou le Prince jaloux (1661)

Acte I scène 1??

DoM Garcie: - Ah! Madame, il est vrai, quelque effort que je fasse,

Qu'un peu de jalousie en mon cœur trouve place,

Et qu'un rival absent de vos divins appas

Au repos de ce cœur vient livrer des combats.

 

Acte IV scène 9

DoM Garcie: - Mais l'enfer dans mon cœur a soufflé son poison

Et, par un trait fatal d'une rigueur extrême,

Mon plus grand ennemi se rencontre en moi-même.

 

L'École des Femmes (1662)

Acte II, scène 3

Georgette: - Mon Dieu, qu'il est terrible!

Ses regards m'ont fait peur, mais une peur horrible,

Et jamais je ne vis un plus hideux chrétien.

Alain: - Ce monsieur l'a fâché ; je te le disais bien.

Georgette: - Mais que diantre est-ce là, qu'avec tant de rudesse

Il nous fait au logis garder notre maîtresse?

D'où vient qu'à tout le monde il veut tant la cacher,

Et qu'il ne saurait voir personne en approcher?

Alain: - C'est que cette action le met en jalousie.

Georgette: - Mais d'où vient qu'il est pris de cette fantaisie?

Alain: - Cela vient... Cela vient de ce qu'il est jaloux.

Georgette: - Oui ; mais pourquoi l'est-il? et pourquoi ce courroux?

Alain: - C'est que la jalousie... entends-tu bien, Georgette,

Est une chose... là... qui fait qu'on s'inquiète...

Et qui chasse les gens d'autour d'une maison.

Je m'en vais te bailler une comparaison,

Afin de concevoir la chose davantage.

Dis-moi, n'est-il pas vrai, quand tu tiens ton potage

Que si quelque affamé venait pour en manger,

Tu serais en colère, et voudrais le charger?

Georgette: - Oui, je comprends cela.

Alain: - C'est justement tout comme.

La femme est en effet le potage de l'homme ;

Et, quand un homme voit d'autres hommes parfois

Qui veulent dans sa soupe aller tremper leurs doigts,

Il en montre aussitôt une colère extrême.

Georgette: - Oui ; mais pourquoi chacun n'en fait-il pas de même

Et que nous en voyons qui paraissent joyeux

Lorsque leurs femmes sont avec les biaux monsieux?

Alain: - C'est que chacun n'a pas cette amitié goulue

Qui n'en veut que pour soi.

[Écouté la 15005e journée, vendredi 6 janvier 2012,à la Comédie Française]

 

Acte II, scène 5

Agnès: - Le petit chat est mort.

ARNOLPHE: - C'est dommage ; mais quoi! Nous sommes tous mortels, et chacun est pour soi.

[Écouté la 15005e journée, vendredi 6 janvier 2012,à la Comédie Française]

 

Acte II, scène 5

Agnès: - J'étais sur le balcon à travailler au frais,

Lorsque je vis passer sous les arbres d'auprès

Un jeune homme bien fait, qui, rencontrant ma vue,

D'une humble révérence aussitôt me salue :

Moi, pour ne point manquer à la civilité,

Je fis la révérence aussi de mon côté.

Soudain il me refait une autre révérence ;

Moi, j'en refais de même une autre en diligence ;

Et lui d'une troisième aussitôt repartant,

D'une troisième aussi j'y repars à l'instant.

Il passe, vient, repasse, et toujours de plus belle

Me fait à chaque fois révérence nouvelle ;

Et moi, qui tous ces tours fixement regardais,

Nouvelle révérence aussi je lui rendais :

Tant que, si sur ce point la nuit ne fût venue,

Toujours comme cela je me serais tenue,

Ne voulant point céder, ni recevoir l'ennui

Qu'il me pût estimer moins civile que lui.

[Écouté la 15005e journée, vendredi 6 janvier 2012,à la Comédie Française]

 

Acte III, scène 2

Mais ne vous gâtez pas sur l'exemple d'autrui.

Gardez-vous d'imiter ces coquettes vilaines

Dont par toute la ville on chante les fredaines,

Et de vous laisser prendre aux assauts du malin,

C'est-à-dire d'ouïr aucun jeune blondin.

Songez qu'en vous faisant moitié de ma personne,

C'est mon honneur, Agnès, que je vous abandonne,

Que cet honneur est tendre et se blesse de peu,

Que sur un tel sujet il ne faut point de jeu ;

Et qu'il est aux enfers des chaudières bouillantes

Où l'on plonge à jamais les femmes mal vivantes.

Ce que je vous dis là ne sont point des chansons ;

Et vous devez du cœur dévorer ces leçons.

Si votre âme les suit et fuit d'être coquette,

Elle sera toujours, comme un lis, blanche et nette ;

Mais, s'il faut qu'à l'honneur elle fasse un faux bond,

Elle deviendra lors noire comme un charbon ;

Vous paraîtrez à tous un objet effroyable,

Et vous irez un jour, vrai partage du diable,

Bouillir dans les enfers à toute éternité,

Dont veuille vous garder la céleste bonté!

[Écouté la 15005e journée, vendredi 6 janvier 2012,à la Comédie Française]

 

ami: Cocu affront

Jouer aux dés

[Écouté la 15005e journée, vendredi 6 janvier 2012,à la Comédie Française]

 

 

Dom Juan ou le Festin de pierre (1665, 1669)

Acte I

Scène 2

Dom Juan: - Ah! n'allons point songer au mal qui peut nous arriver, et songeons seulement à ce qui nous peut donner du plaisir. La personne dont je te parle est une jeune fiancée, la plus agréable du monde, qui a été conduite ici par celui-même qu'elle vient y épouser; et le hasard me fit voir ce couple d'amants trois ou quatre jours avant leur voyage. Jamais je n'ai vu deux personnes être si contents l'un de l'autre, et faire éclater plus d'amour. La tendresse visible de leurs mutuelles ardeurs me donna de l'émotion; j'en fus frappé au cœur et mon amour commença par la jalousie. Oui, je ne pus souffrir d'abord de les voir si bien ensemble; le dépit alarma mes désirs, et je me figurai un plaisir extrême à pouvoir troubler leur intelligence, et rompre cet attachement, dont la délicatesse de mon cœur se tenait offensée; mais jusques ici tous mes efforts ont été inutiles, et j'ai recours au dernier remède.

**

Sganarelle: - Se jouer ainsi d'un mystère sacré (le mariage)

2 et 2 font 4

Sganarelle: - Il ne se sert point d'autres pièges pour attraper les belles

e scène: "les saints nœuds du mariage" ne sont rien pour lui

**

Acte I, scène 2

Mais lorsqu'on en est maître une fois, il n'y a plus rien à dire ni rien à souhaiter; tout le beau de la passion est fini, et nous nous endormons dans la tranquillité d'un tel amour.

 

Acte V

Scène 2

Dom Juan: - Il n'y a plus de honte maintenant à cela: l'hypocrisie est un vice à la mode, et tous les vices à la mode passent pour vertus. Le personnage d'homme de bien est le meilleur de tous les personnages qu'on puisse jouer aujourd'hui, et la profession d'hypocrite a de merveilleux avantages. C'est un art de qui l'imposture est toujours respectée; et quoiqu'on la découvre, on n'ose rien dire contre elle. Tous les autres vices des hommes sont exposés à la censure, et chacun a la liberté de les attaquer hautement; mais l'hypocrisie est un vice privilégié, qui, de sa main, ferme la bouche à tout le monde, et jouit en repos d'une impunité souveraine. On lie, à force de grimaces, une société étroite avec tous les gens du parti. Qui en choque un, se les jette tous sur les bras; et ceux que l'on sait même agir de bonne foi là-dessus, et que chacun connaît pour être véritablement touchés, ceux-là, dis-je, sont toujours les dupes des autres; ils donnent hautement dans le panneau des grimaciers, et appuient aveuglément les singes de leurs actions. Combien crois-tu que j'en connaisse qui, par ce stratagème, ont rhabillé adroitement les désordres de leur jeunesse, qui se sont fait un bouclier du manteau de la religion, et, sous cet habit respecté, ont la permission d'être les plus méchants hommes du monde? On a beau savoir leurs intrigues et les connaître pour ce qu'ils sont, ils ne laissent pas pour cela d'être en crédit parmi les gens; et quelque baissement de tête, un soupir mortifié, et deux roulements d'yeux rajustent dans le monde tout ce qu'ils peuvent faire. C'est sous cet abri favorable que je veux me sauver, et mettre en sûreté mes affaires. Je ne quitterai point mes douces habitudes; mais j'aurai soin de me cacher et me divertirai à petit bruit. Que si je viens à être découvert, je verrai, sans me remuer, prendre mes intérêts à toute la cabale, et je serai défendu par elle envers et contre tous. Enfin c'est là le vrai moyen de faire impunément tout ce que je voudrai. Je m'érigerai en censeur des actions d'autrui, jugerai mal de tout le monde, et n'aurai bonne opinion que de moi. Dès qu'une fois on m'aura choqué tant soit peu, je ne pardonnerai jamais et garderai tout doucement une haine irréconciliable. Je ferai le vengeur des intérêts du Ciel, et, sous ce prétexte commode, je pousserai mes ennemis, je les accuserai d'impiété, et saurai déchaîner contre eux des zélés indiscrets, qui, sans connaissance de cause, crieront en public contre eux, qui les accableront d'injures, et les damneront hautement de leur autorité privée. C'est ainsi qu'il faut profiter des faiblesses des hommes, et qu'un sage esprit s'accommode aux vices de son siècle.

[Lu la 14919e journée, lundi 4 juillet 2011]
 

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Le Médecin malgré lui (1666)

Acte II

Scène 4

Sganarelle: - Monsieur, voilà une nourrice à laquelle il faut que je fasse quelques petits remèdes.

Jacqueline: - Qui? moi? Je me porte le mieux du monde.

Sganarelle: - Tant pis, Nourrice, tant pis. Cette grande santé est à craindre, et il ne sera mauvais de vous faire quelque petite saignée amiable, de vous donner quelque petit clystère dulcifiant.

Géronte: - Mais, Monsieur, voilà une mode que je ne comprends point. Pourquoi s'aller faire saigner quand on n'a point de maladie?

Sganarelle: - Il n'importe, la mode en est salutaire; et comme on boit pour la soif à venir, il faut se faire aussi saigner pour la maladie à venir.

Jacqueline, en se retirant: - Ma foi! Je me moque de ça, et je ne veux point faire de mon corps une boutique d'apothicaire.

Sganarelle: - Vous êtes rétive aux remèdes; mais nous saurons vous soumettre à la raison.

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Scène 5

Léandre: - Vous saurez donc, Monsieur, que cette maladie que vous voulez guérir est une feinte maladie. Les médecins ont raisonné là-dessus comme il faut; et ils n'ont pas manqué de dire que cela procédait, qui du cerveau, qui des entrailles, qui de la rate, qui du foie; mis il est certain que l'amour en est la véritable cause, et que Lucinde n'a trouvé cette maladie que pour se délivrer d'un mariage dont elle était importunée.

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acte III

Scène 1

Sganarelle: - On me vient chercher de tous les côtés; et si les choses vont toujours de même, je suis d'avis de m'en tenir, toute ma vie, à la médecine. Je trouve que c'est le métier le meilleur de tous; car, soit qu'on fasse bien soit qu'on fasse mal, on est toujours payé de même sorte: la méchante besogne ne retombe jamais sur notre dos; et nous taillons, comme il nous plaît, sur l'étoffe où nous travaillons. Un cordonnier, en faisant des souliers, ne saurait gâter un morceau de cuir qu'ils n'en paye les pots cassés; mais ici l'on peut gâter un homme sans qu'il en coûte rien. Les bévues ne sont point pour nous; et c'est toujours la faute de celui qui meurt. Enfin le bon de cette profession est qu'il y a parmi les morts une honnêteté, une discrétion la plus grande du monde; et jamais on n'en voit se plaindre du médecin qui l'a tué.

Léandre: - Il est vrai que les morts sont fort honnêtes gens sur cette matière.

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Scène 3

Sganarelle: - Que je vous plains, belle Nourrice, d'avoir un mari jaloux et fâcheux comme celui que vous avez!

Jacqueline: - Que voulez-vous, Monsieur? c'est pour la pénitence de mes fautes; et là où la chèvre est liée, il faut bien qu'elle y broute.

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Scène 5

Sganarelle: - Comment se porte le malade?

Géronte: - Un peu plus mal depuis votre remède.

Sganarelle: - Tant mieux: c'est signe qu'il opère.

Géronte: - Oui: mais en opérant, le crains qu'il ne m'étouffe.

Sganarelle: - Ne vous mettez pas en peine: j'ai des remèdes qui se moquent de tout, et je l'attends à l'agonie.